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Sur la sellette, le think tank bruxellois préféré d’Orbán n’a pas dit son dernier mot
- Mari Eccles, Max Griera
- April 16, 2026 at 6:45 PM
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BRUXELLES — Le think tank populiste de Bruxelles cher à Viktor Orbán doit lutter pour sa survie, après que le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a promis de réduire son financement. Mais son travail se poursuivra, affirment ses dirigeants.
L’organisation est prête à résister à la pression politique, ont indiqué à POLITICO les partisans et les détracteurs de MCC Brussels. Des sources de financement alternatives, des recours juridiques potentiels et une demande toujours présente pour son programme conservateur eurosceptique devraient lui permettre de se maintenir.
“Il ne fait aucun doute qu’ils essaieront de le faire fermer”, a affirmé Frank Furedi, son directeur exécutif, lors d’un événement organisé par le MCC à Bruxelles, deux jours après les élections législatives hongroises de dimanche, qui ont vu Viktor Orbán perdre le pouvoir après l’avoir gardé pendant seize ans. Mais “je suis convaincu que si nous unissons nos forces, nous pouvons faire en sorte d’assurer notre pérennité, peu importe ce que le gouvernement Magyar essaie de faire”.
Fort d’une large majorité au Parlement, Péter Magyar — dont la nouvelle administration envisage de redéfinir ses relations avec Bruxelles — a promis de démanteler les liens étroits tissés par l’ancien gouvernement avec les think tanks conservateurs et de restreindre le financement public du réseau de groupes de droite qui a prospéré sous son prédécesseur. Cela inclut la maison mère du MCC Bruxelles, Mathias Corvinus Collegium, un établissement d’enseignement basé à Budapest et contrôlé par de proches alliés politiques de Viktor Orbán.
“L’Etat ne financera pas les événements de la CPAC [Conservative Political Action Conference], ni les institutions du Mathias Corvinus Collegium […] Je pense qu’il s’agit d’une infraction pénale, d’un financement de parti mélangé à des dépenses publiques”, a déclaré Péter Magyar lundi. “Les futures autorités devront examiner ou enquêter.”
Le MCC Brussels — considéré par de nombreux habitants de la ville comme un porte-voix du gouvernement Orbán, bien qu’il maintienne son indépendance politique — est l’un des critiques de l’UE les plus bruyants et les plus controversés. Sa survie représenterait la résilience des valeurs de Viktor Orbán au sein de l’Union.
Frank Furedi, directeur exécutif du MCC Bruxelles, lors de la Conservative Political Action Conference à Budapest en mai 2022. | Tibor Illyes/EPADepuis sa création il y a quatre ans, le think tank s’est imposé comme l’une des principales voix de la droite européenne, coorganisant des événements avec les Patriotes — le groupe d’extrême droite au Parlement européen — sur les questions de genre, d’immigration et d’ingérence électorale. Il a aussi mené une campagne pour baisser l’aide financière de l’UE aux ONG et a remporté une victoire cette année lorsque la Commission européenne a réduit le financement des think tanks pro-européens.
Ces derniers ne voient pas ce think tank conservateur s’en aller discrètement.
“Je ne les vois pas disparaître de la scène bruxelloise”, a commenté Petros Fassoulas, secrétaire général du Mouvement européen international, un think tank pro-européen. “Ils se considèrent comme faisant partie d’un mouvement plus large, à la fois intellectuel et politique.”
“Il existe également un marché pour ce qu’ils promeuvent. Je ne suis peut-être pas d’accord avec ce programme, mais je pense qu’il y a un marché, à la fois à Bruxelles et dans toute l’Europe”, a-t-il poursuivi.
La question du financement
Pour sa part, le MCC Bruxelles a assuré que le résultat des élections de dimanche dernier n’aurait aucune incidence sur son travail dans la capitale belge.
“En tant qu’organisation indépendante, nous continuerons à mener des recherches, à analyser et à faire du plaidoyer sur nos principales préoccupations et à demander des comptes aux institutions de l’Union européenne”, a argué son directeur de la communication, John O’Brien. La défaite de Viktor Orbán est “naturellement un revers important”, a-t-il reconnu.
Le MCC Brussels reçoit la quasi-totalité de ses fonds — 99%, soit un peu plus de 6 millions d’euros, selon son inscription au registre de transparence de l’UE pour le dernier exercice financier — dans le cadre d’une subvention du Mathias Corvinus Collegium, qui a reçu du gouvernement Orbán une participation de 10% dans la lucrative société hongroise de pétrole et de gaz MOL en 2020.
Le MCC Brussels dispose d’un financement suffisant pour assurer son fonctionnement au cours des deux prochaines années, selon une personne travaillant dans un think tank et étant au fait de la situation du Mathias Corvinus Collegium.
L’établissement d’enseignement pourrait également prévoir des actions en justice si le parti de Péter Magyar, Tisza, agit contre lui, ce qui pourrait lui faire gagner jusqu’à trois ans, a ajouté la même source.
Pour Márta Pardavi, coprésidente de l’ONG de défense des droits de l’homme basée à Budapest, Hungarian Helsinki Committee, la fermeture du think tank, ou la suppression de son financement, est plus facile à dire qu’à faire. “Ce n’est pas impossible, mais cela risque d’entraîner beaucoup de contentieux.”
De l’appétit pour son programme
Même si cet argent se tarit, de nombreuses personnes travaillant dans le même secteur pensent que MCC Brussels serait en mesure de trouver des financements auprès d’autres bienfaiteurs sympathisants — ou de se faire remplacer par des groupes partageant les mêmes idées.
Cette année, des représentants du gouvernement américain se sont rendus dans des villes européennes, notamment à Bruxelles, pour repérer les think tanks alignés sur l’idéologie MAGA (Make America Great Again, le mouvement de Donald Trump) qu’ils pourraient financer.
Le Premier ministre hongrois élu, Péter Magyar, à Budapest après sa victoire électorale le 12 avril. | Jaap Arriens/NurPhoto via Getty Images“Si Magyar les ferme, je pense que d’autres forces prendront leur place”, est convaincu une personne travaillant dans le milieu des ONG, à qui l’on a accordé l’anonymat pour qu’elle puisse s’exprimer librement, car elle n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement sur les questions relatives au secteur. “Malheureusement, des acteurs étrangers extérieurs à l’UE s’efforcent toujours de financer des organisations anti-UE et hostiles à l’égalité.”
Et il est peu probable qu’il soit intimidé par le résultat de dimanche dernier. “Je ne m’attends pas à ce qu’ils modèrent leur propos”, a anticipé Petros Fassoulas du MEI.
En effet, lors d’une réunion postélectorale organisée par le groupe dans un club privé huppé, les dirigeants du think tank ne se sont pas laissé décourager.
MCC Brussels a clairement indiqué qu’il se considérait comme faisant partie d’un mouvement international plus large, et Frank Furedi a indiqué que le think tank devra simplement trouver des “moyens créatifs” pour faire face à la menace de fermeture.
“Nous nous réjouissons de continuer à travailler avec nos amis et camarades à travers le continent”, a lancé John O’Brien. “Fermer MCC Bruxelles est plus facile à dire qu’à faire.”
Mari Eccles a écrit depuis Bruxelles et Max Griera depuis Budapest. Jamie Dettmer a également contribué à cet article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Originally published at Politico Europe